J’ai pris l’habitude de garder tous les morceaux de vaisselle cassée depuis le début de cette époque post-covid. Plus que garder des morceaux, je les préserve, je les sauve, c’est devenu un réflexe, je ne peux plus les jeter.
Je les garde donc dans une boîte en plastique depuis 2020.
J’ai fini par comprendre que je me suis identifiée à ces débris. D’abord la cassure violente, puis le morcellement et cet état d’être au monde en mille morceaux.
J’ai pris soin de bien les protéger lors mon déménagement depuis la Chine, ils ont rejoint, dans un carton marqué fragile, les bouts de bois que j’avais collectés pour faire des fagots. Les déménageurs ont levé les yeux au ciel et se sont gentiment moqués de moi, j’ai fait semblant de ne pas comprendre.
Ces gestes sont devenus essentiels pour moi, je n’ai plus le choix.
J’imagine souvent redonner à ces brisures une nouvelle vie, pour le moment, je ne sais pas comment m’y prendre.
Encre et aquarelle sur papier Canson – 21×29,7 cm
Encre et aquarelle sur papier Canson – 21×29,7 cm